Ophélie Bau : “Mektoub my Love est un film sur le désir.”

Mektoub My Love, le nouveau Abdellatif Kechiche, sort en salles ce mercredi 21 mars. Rencontre avec les 3 rayonnantes révélations du film, Shaïn Boumedine, Ophélie Bau et Lou Luttiau.

Mektoub My Love : Canto Uno
De Abdellatif Kechiche avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Lou Luttiau, Hafsia Herzi, Salim Kechiouche, Alexia Chardard

DE QUOI ÇA PARLE ?

Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin – le mektoub – peut décider.

AlloCiné : Vous n’avez eu d’appréhension à cause de toute la polémique autour du tournage de La Vie d’Adèle ?

Shaïn Boumedine : J’aime bien me faire mon avis tout seul de manière générale donc je n’ai pas eu peur de ça. Après je n’attendais pas beaucoup de ce casting là, je suis resté modeste. En tout cas, ce n’est pas en se focalisant sur les personnes avec qui on travaille qu’on travaille bien au final. Je suis donc resté concentré sur le rôle.

J’avoue que je ne savais pas qui était Kechiche, même après avoir vu La Vie d’Adèle car je ne suis pas du tout cinéphile.

Ophélie Bau : Je n’ai pas eu d’appréhensions particulières. J’avais entendu parler de loin des polémiques mais ça faisait déjà 3 ans en fait. Je ne m’y étais pas trop attardée. Quand j’ai reçu le mail me demandant de passer un essai pour le rôle, ce n’est pas la première chose qui m’est venue à l’esprit. Je me suis juste dit : “Tu imagines si tu avais un rôle dans le prochaine film de Kechiche ?” Après on est embarqués dans l’aventure, on ne se rend pas compte.

Lou Luttiau : J’avoue que je ne savais pas qui était Kechiche, même après avoir vu La Vie d’Adèle car je ne suis pas du tout cinéphile. Du coup, pas d’appréhensions, pas de polémiques, rien du tout. (rires)

Vous aviez vu des films de Kechiche avant de tourner avec lui ?

Ophélie : Je connaissais son style naturaliste. J’avais vu La Graine et le mulet et je n’en avais pas vu d’autres. Je n’ai pas voulu en revoir durant toute la durée des tournages.

Shaïn : J’avais vu La Graine et le mulet et L’Esquive. Par la suite j’ai regardé les autres.

Lou : Moi je n’avais vu que La Vie d’Adèle et j’ai ensuite regardé Vénus Noire.

Il y a aussi une sensualité folle qui se dégage de vos personnages, par les regards, par les corps…  Vous avez aussi eu cette sensation en lisant le scénario où ça c’est vraiment concrétisé sur le plateau ?

Ophélie : Cet aspect-là est venu assez naturellement. On n’a pas eu vraiment de préparations pour être aussi tactiles entre nous. Je pense que la sensualité vient de nos affinités réelles. Cela dépend aussi de l’histoire de nos personnages, on n’est pas aussi intimes avec tout le monde.

Lou : Chaque personnage a son caractère, sa propre vie et on joue avec ça.

La Vie d'Adèle – Chapitres 1 et 2 Bande-annonce VF

 

Shaïn, Amin est plus dans l’observation que dans l’action, c’est son regard qui donne sa direction au film, est-ce que c’est un trait de caractère qui t’a séduit dans l’interprétation de ce personnage ?

Shaïn : Je ne partage pas forcément les choses de la même manière que lui mais lui comme moi sommes très observateurs. On aime bien calculer, maîtriser les choses, avoir un temps d’avance sur les autres. Amin le fait en restant en retrait, en écoutant beaucoup, en observant de loin. Moi je suis un peu comme ça mais je suis quand même plus proche, j’aime aller poser des questions.

Kechiche nous avait promis une mise en valeur de nous-mêmes, de nos corps et il l’a bien fait avec son équipe.

Ophélie et Lou, vous vous êtes aussi retrouvées dans vos personnages ?

Ophélie : Je me suis retrouvée dans sa liberté, sa quête de liberté.

Lou : Il n’y a pas beaucoup de ressemblances entre le personnage de Céline et moi. Après je ne m’en rends peut-être pas compte. Ce que j’ai pu apporter au personnage, c’est sûrement la danse.

Ophélie : Et on se retrouve dans ces personnages car à leur âge par exemple, le physique compte beaucoup…

Lou : Plus que le mental…

Ophélie : On ne va pas se mentir ! (rires)

Shaïn : Kechiche nous avait promis une mise en valeur de nous-mêmes, de nos corps et il l’a bien fait avec son équipe, ses cadreurs. Ils font du beau travail et l’image est magnifique.

Est-ce que Hafsia Herzi et Salim Kechiouche vous ont pris sous leurs ailes, eux qui ont déjà tournés pour Kechiche ? Quels conseils vous ont-ils donné ?

Shaïn : C’est pas forcément des conseils de jeu directs comme on peut l’imaginer. Ils sont rassurants par leur présence, ils répondent à nos questions, ils nous aident, ils nous laissent notre place et nous mettent en valeur.

Ophélie : Oui, ils nous ont aussi dit de faire confiance à Kechiche et à son équipe, qu’il n’y a rien à craindre. Mais pas de conseils de jeu d’acteur genre “fais-ci, fais ça”, ils n’ont pas du tout cette prétention. Ils se sont vus en nous à leurs débuts et c’était très bienveillant et très sympa.

Lou : C’était très famille, il n’y avait aucune distinction entre nous.

Les scènes de plage ont été tournées en automne et en hiver. Pas trop dur ?

Ophélie : C’était frileux ! (rires) L’impression qu’il fait chaud qui émane du film n’est qu’une impression.

Shaïn : Après, on a eu de belles journées toute l’année dans le sud.

Ophélie : Oooh, il protège le sud ! (rires)

Shaïn : Oui, je suis de Montpellier. On au aussi tourné quelques scènes en Espagne.

Ophélie : Il commençait à être trop l’hiver en France du coup on est descendus un peu plus dans le sud.

Vous avez enchaîné le tournage du premier puis du second volet ?

Shaïn : On a fini le tournage du 1, il y a eu le temps de montage et de post-synchro puis la présentation à Venise. Et on a tourné le deuxième.

Aucune infos sur cet opus ? Une date de sortie ?

Ophélie : Non !

Shaïn : On ne sait vraiment pas. C’est en cours de montage.

Vous irez à Cannes avec le film ?

Shaïn : On se pose la question ; Cannes, Venise ou Berlin, il sera présenté quand il sera prêt.

Ophélie : On aimerait bien aller à Cannes quand même.

On essaie de prouver qu’aujourd’hui on peut encore avoir cette liberté, cette naïveté, cette insouciance.

Le film se passe en 1994. Kechiche dit qu’une certaine douceur de vivre a disparu depuis ; est-ce que, du point de vue de votre génération, c’est quelque chose que vous ressentez à travers les récits qu’ont vous fait de cette époque ? 

Shaïn : Justement, on essaie de prouver qu’aujourd’hui on peut encore avoir cette liberté, cette naïveté, cette insouciance. Après, il y a des différences concrètes comme Internet et les réseaux sociaux qui n’existaient pas à l’époque. Nous, on arrive à garder cette liberté malgré tout ça.

Ophélie : Si on a réussi à le faire dans un film, c’est que ça doit bien exister pour de vrai. C’est un choix aussi la liberté. Ça s’acquiert, ça se se perd, ça se reprend. Peut-être que c’était plus libre en 94 mais on n’y était pas, on venait de naître ! (rires) On fait avec ce qu’on vit et ce qu’on sait. On a notre liberté à notre échelle.

Votre premier souvenir de spectateur ?

Ophélie : Starship Troopers ! (rires) Je regardais ça tout le temps. Maman j’ai raté l’avion aussi.

Lou : Je dirais Titanic et plus tard, Public Enemies.

Shaïn : Azur et Asmar, qui est magnifique. C’est mon dessin animé préféré. J’aime aussi beaucoup les films de Martin Scorsese.

Ophélie : La Haine m’a aussi beaucoup touché à l’adolescence. En le voyant je me suis dit : “C’est chouette le cinéma”.

En tant que comédiens, on tire parti de chacun d’entre nous pour se construire nous-mêmes.

Un acteur ou une actrice que vous admirez ?

Ophélie : Leonardo DiCaprio ! Je l’ai déjà dit et je vais le dire à chaque fois. (rires)

Shaïn : Il y en a beaucoup, je ne pourrais pas en citer un. Sinon, en tant que comédiens, on tire parti de chacun d’entre nous pour se construire nous-mêmes.

Lou : Moi je dirais Johnny Depp. Mais que l’acteur, pas l’homme. (rires)

Passer derrière la caméra, une tentation ?

Shaïn : Carrément ouais ! (rires) J’écris un peu et j’ai beaucoup observé sur ce tournage.

Ophélie : J’adore me raconter des histoires donc j’aimerais pouvoir en raconter un jour. J’écris aussi un petit peu.

Lou : Moi je ne sais pas encore assez bien écrire pour ça. Mais j’apprends. Et quand je saurai bien écrire, j’apprendrai à réaliser.

Des musiques qui vous inspirent pour votre travail ?

Shaïn : Ça dépend des scènes et des ambiances. Ça nous arrive des fois d’avoir de la musique, pas forcément celle du film mais des musiques choisies par Kechiche ou nous-mêmes pour nous mettre dans l’ambiance. Des fois on a besoin de calme et de silence, des fois on a besoin de discuter.

Ophélie : Cela dépend aussi de ce que Kechiche voulait provoquer en nous. Je suis très sensible à la musique et selon mes humeurs je peux pleurer ou avoir la pêche.

Lou : C’est bien d’en écouter quand même avant de tourner. Ça aide de se mettre dans une ambiance, dans une émotion, une façon de voir les choses. C’est un bon exercice pour moi.

Dernière question, comment s’est déroulé le tournage de la scène de mise bas et la naissance de ces agneaux sous l’appareil photo d’Amin ?

Shaïn : On ne prévoir pas une mise bas. On est venus une fois, il n’y en a pas eu. Puis une seconde fois c’était trop tard. Ce jour-là on avait prévu de rester, en espérant. On est arrivés en fin de matinée avec Ophélie et l’équipe. On a commencé à tourner dans l’enclos la scène où Ophélie est avec moi, au début. Ensuite elle est partie.

Après c’est l’attente de plusieurs heures avec une caméra qui tournait avec moi. Quand il n’y avait plus de batterie, on changeait de caméra. Une brebis a commencé à se mettre de côté. On pensait l’avoir de jour et finalement le soleil se couche donc on fait avec, on continue à tourner jusqu’à ce que ça arrive. Le moment magique est arrivé après une dizaine d’heures d’attente à peu près, la naissance de deux agneaux.

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